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Composers Desktop Project

Plongée au cœur des explorateurs sonore
22 novembre 2025 par
Composers Desktop Project
romainraynalpro@gmail.com
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Nous sommes en 2003. Je suis au lycée, en option musique, et un ami de l'internat me tend un CD gravé. Dessus, écrit au marqueur : Aphex Twin - Drukqs. Il me dit simplement :
"Tu vas voir ce mec est 'fou'."

Composer Desktop Project :  diving into the heart of sound explorers

À cette époque, j'écoute déjà beaucoup d’électro - Prodigy, The Chemical Brothers - mais cet album m’a littéralement fasciné. Pour la première fois, je ne comprends pas ce que j’entends. Sur Vordhosbn notamment, tout me parait chaotique mais hypnotique. Rythmiques imprévisibles, ambiance psychédélique. Et à l’époque, on a pas internet, seulement des légendes urbaines farfelues.
"Il doit rester enfermé dans une cave avec ses machines."
"C'est sûr, il prends des drogues pour faire de la musique aussi barrée."
Le temps passe, d’autres artistes émergent, j’apprends de nouveaux outils, et Aphex Twin reste une énigme dans un coin de ma tête.

Le mystère CDP : Composer Desktop Project

Un jour de 2024 - soit 21 ans plus tard - je tombe sur cette vidéo YouTube de Ben Jordan. C’est une plongée fascinante dans les outils que Richard D. James (de son vrai nom) "aurait" utilisés au cours de sa carrière. L'un d'entre eux m'intrigue. Il s'agit de CDP – Composer Desktop Project (probablement utilisé dans Bucephalus Bouncing Ball). Il s'agit d'une suite de plus de 500 outils de traitement audio, développés depuis les années 80 par un collectif de chercheurs et compositeurs menés par Trevor Wishart.  

Example of a CDP SoundStreamer system: a sound is recorded from the Sony Professional Walkman on hard disk, via the Sony PCM501 converter; the ITT VCR is used for mass storage of audio files.

À l’origine sur Atari ST, ces programmes servaient à explorer le son sous toutes ses formes. Il fallait un véritable laboratoire sonore. Sur la photo, le système CDP SoundSTreamer permet de streamer le son depuis le Sony Professional Walkman grâce à un convertisseur : le Sony PCM501. Le magnétoscope ITT lui, est utilisé pour le stockage des fichiers audio. Aujourd’hui encore, le projet est actif, open source et entièrement gratuit accessible depuis n'importe quel os.


Comment ça marche ?

Historiquement, CDP s’utilisait avec des lignes de codes. Pas d’interface graphique, juste des lignes de texte pour transformer les sons que l'on que l'on importe dans le logiciel.  

Par exemple :

pvoc anal input.wav temp.pvc 1024 256 stretch temp.pvc stretch.pvc 3.0 blur stretch.pvc blur.pvc 75 specenv blur.pvc filtered.pvc 3 0.7 pvoc synth filtered.pvc output.wav reverb output.wav final.wav 0.35 0.7


Décryptage rapide :
💡
  • pvoc anal → convertit le signal en fichier spectral (.pvc)

  • stretch → allonge la durée sans changer la hauteur

  • blur → lisse les transitions, donne un effet liquide

  • specenv → modifie l’enveloppe de fréquences

  • pvoc synth → reconvertit le spectre en fichier audio

  • reverb → ajoute la réverbération finale avant le rendu final

Un workflow austère, mais d’une flexibilité incroyable. C'est fascinant et ça ranime ma passion pour les outils expérimentaux et pour Aphex Twin et les artistes capables de créer de la musique à partir d'outils aussi rigides. Puis, je retourne à mes outils modernes et confortables.

Une interface moderne : Soundthread

Bonne nouvelle, il existe aujourd’hui une interface graphique pour CDP. C’est Soundthread, développée par Jonathan Higgins. C’est David Tourdot-Fuentes (sur le Discord de Game Audio France) qui m’a fait découvrir cet outil via cette vidéo. L’installation est simple, tout se fait visuellement. On retrouve un fonctionnement par blocs, un peu comme les blueprints d’Unreal. Les effets sont recherchables, chaînables en série ou en parallèle, et on peut expérimenter rapidement parmi les centaines de modules disponibles. Il reste néanmoins la contrainte de devoir générer le fichier pour écouter le résultat. Cependant, l'interface est suffisamment bien conçue pour que cela ne soit pas trop contraignant. Et avec nos ordinateurs modernes, la plupart des calculs sont quasi instantanés.

Premiers tests

J’ai commencé par transformer un son de cloche en texture sonore :

Testons maintenant des effets à partir d'un seul et même fichier. J'ai donc rapidement créé un fichier audio qui contient le début et la fin d'un de mes titres, que j'ai raccordé sans vraiment me soucier des détails.

Son de base :
On va commencer par tester des effets très simples.
Bit crusher :
Devider
Distorsion en ondes carrés :

Puis des choses plus complexes :

Here, the file is processed by a slicer (which cuts the file into slices and replays them several times) with automations, then goes into a reverser and parallel to a reverb before combining the two output signals.

Ici, le fichier est traité par un slicer (qui découpe le fichier en tranches et les rejoue plusieurs fois) avec des automatisations, puis passe dans un reverser et parallèlement dans une réverbération avant de combiner les deux signaux en sortie. En résulte 2:14 de découpage sonore :

And yes indeed some parameters can be automated, I let you imagine the possibilities!

Et oui effectivement certains paramètres peuvent aussi être automatisés, je vous laisse imaginer les possibilités !

Here the file is stretched by segments and then duplicated in two pitchs modify -12 and -24 before both entering a reverb: Pitched Delay.

Ici le fichier est étiré par segments puis est dupliqué dans deux pitch modifier -12 et -24 avant de rentrer tous deux dans une reverb : Pitched Delay. 
Un fichier de 8:22 des plus expérimental :

Le cœur du système : la conversion spectrale

The core of the system: spectral conversion

Beaucoup d’outils CDP reposent sur la conversion spectrale (ou synthèse spectrale).

Le principe :
  1. analyser un son pour le transformer en spectre

  2. appliquer des effets dans le domaine fréquentiel

  3. reconstruire le son traité

On peut ainsi :
  • modifier le timbre sans changer la hauteur

  • faire du morphing entre deux sons

  • imposer le caractère d’un son à un autre

C’est une approche à la frontière de la musique et de la recherche scientifique, proche de la synthèse et des outils granulaires modernes. Voici ce que cela donne avec uniquement la conversion/reconversion :
Rien de bien exceptionnel, c'est le même fichier avec plus de bruits de fond. Mais essayons des outils PVOC histoire d'entrevoir les possibilités.

Ici on teste le Stepped Freeze (un peu un slice repetitor comme tout à l'heure) et Average dont j'ignore l'effet :
Le Stepped Freeze avec un effet nommé Extend Zigzag :
On rentre dans le dur avec un strech extrême et un pitch random :

Une utilisation plus "musicale"

Lors de mes différents tests et allers-retours (que je n'ai malheureusement pas documenté), j'ai crée un morceau à partir d'un son de train :
Que j'ai ensuite étendu et passé dans un tas d'effets dont un résonateur :
Puis dans des effets de pitch et de time strech (on commence à avoir un début de morceau) :

Mon dernière expérimentation

J'ai crée une soundscape de huit heures à partir d'un sample de guitare jouée à l'archet en 2015 d'une minute trente :

Après être passé dans la moulinette CDP, il en résulte un fichier d'une heure des plus étranges !


Pour finir, j'ai traité le tout dans Reaper en rajoutant de la saturation, de la reverb et j'ai juxtaposé ça jusqu'à faire un fichier de 9 heures ! Idéal pour faire des cauchemars 😆


J'en profite pour vous annoncer qu'une compilation de titres ambient dans cette vibe - entièrement gratuits et libres d'utilisation (Creative Commons) - devrait prochainement être disponible dans la section Open Sounds du site... 👀

Peut-on encore l’utiliser aujourd’hui ?

Aphex Twin in studio in early 90's

CDP n’est pas fait pour tout le monde. Son workflow est contraignant, souvent imprévisible, et demande de la patience. Il y  a quelque chose d’unique dans CDP : explorer, apprendre, ou créer des textures inédites, c’est une véritable aventure. Mais soyons honnête, beaucoup de ces outils ont aujourd'hui des équivalents directement dans intégrés dans nos DAW moderne - en temps réel. Je pense notamment aux tout nouveau GRM Tools : Atelier que je vous invite à découvrir. Il est alors difficile de conseiller l'utilisation des CDP de nos jours en dehors de ceux qui, comme moi, sont fascinés par la musique et les expérimentations sonores (et archéologiques), Soundthread redonne vie à cet esprit de recherche. Et je vous encourage à visiter la page de Composer Desktop Project pour mieux vous rendre compte.

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